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« Un jour j'arrêterai de placer des métaphores dégueulasses ici. Ce jour là, SQE renaîtra. » - Batman

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 the flesh covers the bone and they put a mind in there ― pv

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Blair M. Worthington
Blair M. Worthington
« i've been kicked around since i was born »
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Âge : 24
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Date d'inscription : 24/06/2012

Personnage Incarné : bloody mary.
Surnom : mary.
Préface de Cromwell : red snapper.

the flesh covers the bone and they put a mind in there ― pv Empty
MessageSujet: the flesh covers the bone and they put a mind in there ― pv   the flesh covers the bone and they put a mind in there ― pv Empty14.08.12 0:40

and
sometimes a soul,
and the women break
vases against the walls
Elle vous attend aux portes de la nuit.
On remerciera le ciel, et les révèrbères, si on le veut bien, on remerciera les étoiles sur le grand étendard d'éclairer aussi bien la tombée du soir. Dans la ruelle mal pavée qui mène au portique, là où elle vous attend, le froid s'amène et le coeur cesse de pomper comme un hardi travailleur.
Un serrement de ce coeur ne devrait jamais être si tordu.

― Je suis vraiment désolée, mais le salon ferme !

Elle vous attend avec un sourire et c'est comme l'évidence même dès qu'elle lève une main pour saluer. C'est un geste qui frappe à la poitrine. Baignée de lumière crue qui agresse la rétine et fait capituler tous les globes oculaires, elle agite les ciseaux en l'air, les pose à côté du peigne sur la desserte blanche, enlève son tablier et le plie en quatre dans un soin rigoureux. A l'extérieur, à travers la vitrine, personne ne sent ce qui se déplace dans l'air et qui anime doucement les atomes du salon vide.

Personne ne voit ce qu'il y a d'anormal dans la courbe ajustée de l'appareil à friser, personne n'entend ce qui pèse au-dessus des flacons disposés sur l'étagère dans un souci d'ordre et de couleur étonnant. Personne n'écoute les pulsations secrètes dans la grande pièce livide, fébrile, agitée, parce qu'il n'y a pas d'attention particulière à prêter à ce sol lavé et briqué par une serpillère à la régularité médicale. Au millimètre, les chaises rangées sur le même axe aux contours d'infini ; quand on regarde dans la glace, on voit une hacienda vierge de toute âme humaine où s'alignent des sièges qui ne finissent pas, un autre, puis un autre, puis un autre, encore un autre, dans le prisme muet et continu de la glace décrassée par une ardeur maladive.

Le plus parfait des reflets rendait son sourire à Marilou Worthington, et dans la clarté placide de son fief à l'horrible propreté, le silence retentissait. Toutes les réverbérations heurtaient le cœur et ricochaient dans la tête avec une violence virginale. Non, personne ne peut comprendre que dans ce salon, cet anodin salon, cet apanage sans homme, cet enfer blanc, tout ce qu'il y a de plus malsain et de plus sordide respire et survit dans le secret. C'est dans le fond d'un tiroir et personne ne le voit, c'est derrière le battant d'un placard et personne ne le voit.

C'est la pièce toute entière en vérité qui exsude ce que personne ne peut voir.
C'est le salon de coiffure tout entier habité par un insoupçonné fantôme. Au fond des yeux immobiles de Blair, qui arrange ses cheveux, vit quelque chose comme une impardonnable et visqueuse créature.

― Tu comprends, il faut que j'ai l'air jolie, jolie le plus possible, ou j'aurais fait le ménage partout pour rien. Elle ne parlait à personne.

Ce n'était rien de plus qu'un pittoresque et convivial salon de coiffure où il faisait bon se faire shampouiner.
Il n'y avait certainement pas quelque chose de pourri entre les dents d'un peigne, des morceaux infâmes cachés sous un lavabo. Ce n'était pas palpable et l'ambiance ne semblait pas atroce si on n'était pas entré. En vérité, il n'y avait pas d'âme en peine qui voulait hanter ici.
Blair baissa à demi le rideau de fer ondulé qui couvrait la vitrine. Elle s'assura que la tenture à l'extérieur ne se froissait pas et revint vers les cuvettes avec les pas d'une biche.

Depuis tout à l'heure, dans une moiteur inconfortable, un robinet d'eau froide coulait. Et la muette froideur du salon, à chaque goutte qui tombait sur la paroi livide, TREMBLAIT.

Des morceaux de corps fusaient dans tous les sens et des volées de ce qui était de la charpie plus que de la chair s'écrasait sur les murs. Des lambeaux de peau en souffrance inondaient bruyamment le carrelage damier. Des gerbes de nerfs et des articulations brisées débordaient des poubelles. Le rouge éreintant, sur le blanc épuisé, arrachait des cris stridents, des cris de douleur suraigus, et les tympans, en explosant, se mêlaient au carnage inexcusable.




Ou bien ce n'était qu'une illusion assez bouleversante que la peur inventait quand on regardait l'air gentil sur la bouche de Blair.

La petite coiffeuse était aux portes closes de sa boutique, et dans l’entrebâillement où filtrait une épaisse lueur crépusculaire, elle attendait quelqu'un.

Ce n'était pas une scène d'horreur. C'était de l'amour.

Souvent Blair touchait les petits objets que Molière avait frôlé autrefois, cherchant sur leur surface les échos de ses doigts.

― Est-ce que c'est toi, Molière ? Les syllabes étaient hâtives et le timbre ravi.

La tête grisée de joie se relevait comme l'aile d'un colibri.

____________________________________________

astrée.


she's moving up slowly
moving up slowly
inertia creeps
moving up slowly
she comes
 
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